Comment j'ai découvert Claude - et pourquoi c'était un film
01/05/2025
Au printemps 2025, je suis allée voir Sinners de Ryan Coogler au cinéma.
En sortant, j'avais la tête pleine. Pas d'une façon confuse — d'une façon dense. Le genre de film qui laisse des strates : l'image, la musique, les personnages, mais aussi quelque chose de plus profond que je n'arrivais pas encore à nommer.
Et là, j'ai pris une décision inhabituelle : je n'allais pas lire de critiques.
Pas par méfiance des critiques. Mais parce que je voulais d'abord savoir ce que moi j'en pensais. Je voulais débriefer avec moi-même. Modéliser ma propre pensée avant qu'elle soit contaminée par celle des autres.
Le problème, c'est que penser seule dans sa tête, ça tourne en rond. La pensée a besoin d'un interlocuteur pour se déployer — quelqu'un qui répond, qui questionne, qui structure sans imposer.
C'est là que j'ai découvert Claude.
Le cortex préfrontal que je cherchais
La première fois que j'ai utilisé Claude, j'ai compris assez vite ce que c'était pour moi : un cortex préfrontal externalisé.
Le cortex préfrontal, c'est la partie du cerveau qui planifie, qui structure, qui met en relation des idées éparpillées, qui transforme le flux brut de la pensée en quelque chose d'organisé. Ce n'est pas le siège de la créativité — c'est ce qui donne forme à la créativité.
Et c'est exactement ce que j'ai trouvé dans Claude. Pas un cerveau à la place du mien. Pas une source de réponses toutes faites. Mais un espace où ma pensée pouvait se déposer, se voir, se réorganiser.
J'ai mis du temps à apprendre à formuler mes demandes. Les premières conversations étaient maladroites — je ne savais pas encore comment poser les bonnes questions. Mais j'y suis arrivée. Et une fois qu'on a compris comment dialoguer avec cet outil, quelque chose change.
Deux ou trois semaines sur un film
Pendant deux ou trois semaines, j'ai travaillé avec Claude sur Sinners.
Pas pour produire une analyse publiable. Pour modéliser ce que le film m'avait fait. Comprendre pourquoi certaines scènes résonnaient autant. Mettre des mots sur des intuitions. Relier des éléments qui semblaient disparates.
Sinners parle du blues, du Mississippi des années 30, de la mémoire et de l'identité noire américaine — et des vampires comme métaphore de l'extraction culturelle. C'est un film qui appelle ce type de travail. Il ne se livre pas à la première vision. Il demande qu'on revienne.
J'ai imprimé ces conversations. Des pages et des pages de dialogue entre ma pensée et cet outil. Annotées, relues, retravaillées.
Le retour en salle
Au bout de ces deux ou trois semaines, je suis retournée voir Sinners au cinéma.
Ce n'était plus le même film. Ou plutôt — c'était le même film, mais je n'étais plus la même spectatrice. J'avais fait le travail. Ma pensée était posée, structurée, mienne. Et je pouvais enfin voir ce que le film disait, sans chercher à le saisir en même temps que je le regardais.
C'est ça, pour moi, l'intelligence artificielle bien utilisée : elle ne pense pas à ta place. Elle te donne les moyens de penser plus loin.
Ce que ça a changé dans mon apprentissage
Cette expérience avec Sinners a posé les bases de ma façon d'utiliser Claude depuis — y compris dans mon BTS SIO SLAM.
Quand je bloque sur un algorithme, je ne demande pas la solution. Je demande des indices, des pistes, des questions qui m'aident à trouver par moi-même. Quand j'ai une intuition sur un concept — comme la loi de Conway, ou la métaphore de l'immeuble comme base de données — je la dépose dans une conversation et je la travaille jusqu'à ce qu'elle devienne quelque chose de clair et de formulable.
L'IA comme outil pédagogique, pour moi, c'est ça : un miroir actif. Pas une réponse. Un dialogue.
Vitally Lubin — BTS SIO SLAM, Greta de Quimper